Un jour de grande chaleur, un lièvre fit halte dans l'ombre d'un baobab, s'assit sur son train, et contemplant au loin la brousse bruissante sous le vent brûlant, il se sentit infiniment bien.

"Baobab, pensa-t-il, comme ton ombre est fraîche et légère dans le brasier de midi !".

Il leva le museau vers les branches puissantes. Les feuilles se mirent à frissonner d'aise, heureuses des pensées amicales qui montaient vers elles. Le lièvre rit, les voyant contentes. Il resta un moment béat puis, clignant de l'oeil et claquant de la langue, pris de malice joueuse :

- Certes ton ombre est bonne, dit-il - Assurément meilleure que ton fruit. Je ne veux pas médire, mais celui qui me pend au-dessus de la tête m'a tout l'air d'une outre d'eau tiède.

Le baobab, dépité d'entendre ainsi douter de ses saveurs après le compliment qui lui avait ouvert l'âme, se piqua au jeu. Il laissa tomber son fruit dans une touffe dherbe. Le lièvre le flaira, le goûta, le trouva délicieux. Alors il le dévora, s'en pourlécha le museau, hocha la tête. Le grand arbre impatient d'entendre son verdict, se retint de respirer.

- Ton fruit est bon, admit le lièvre

Puis il sourit, repris par son allégresse taquine et dit encore :

- Assurément, il est meilleur que ton coeur. pardonne-ma franchise : ce coeur qui bat en toi me paraît plus dur qu'une pierre.

Le baobab, à ces mots, se sentit envahi d'une émotion qu'il n'avait jamais connue. Offrir à ce petit être ses beautés les plus secrètes, Dieu du ciel, il le désirait, mais tout à coup, quelle peur il avait de les dévoiler au grand jour !

Lentement il entrouvrit son écorce. Alors apparurent des perles en colliers, des pagnes brodés, des sandales fines, des bijoux d'or. Toutes ces merveilles qui emplissaient le coeur du baobab se déversèrent à profusion devant le lièvre dont le museau frémit et les yeux s'éblouirent.

- Merci, merci, tu es le meilleur et le plus bel arbre du monde, dit-il en riant comme un enfant comblé et en ramassant le magnifique trésor.

Il s'en revint chez lui, l'échine lourde de tous ces biens. Sa femme l'accueillit avec une joie bondissante. Elle le déchargea à la hâte de son beau fardeau, revêtit pagnes et sandales, orna son cou de bijoux et sortit dans la brousse, impatiente de s'y faire admirer de ses compagnes.

Elle rencontra une hyène. Cette charognarde, éblouie par les enviables richesses qui lui venaient devant, s'en fut aussitôt à la tanière du lièvre et lui demanda où il avait trouvé ces ornements superbes dont son épouse était vêtue. L'autre lui conta ce qu'il avait dit et fait à l'ombre du baobab. La hyène y courut, les yeux allumés,avide des mêmes biens. Elle joua le même jeu. Le baobab, que la joie du lièvre avait grandement réjoui, à nouveau se plut à donner sa fraîcheur, puis la musique de son feuillage, puis la saveur de son fruit, enfin le trésor de son coeur.

Mais quand l'écorce se fendit, la hyène se jeta sur les merveilles offertes comme sur une proie, et fouillant des griffes et des crocs les profondeurs du grand arbre pour en arracher plus encore, elle se mit à gronder :

- Et dans tes entrailles, qu'y-a-t-il ? Je veux aussi dévorer tes entrailles, je veux tout de toi, jusqu'à tes racines, je veux tout, entends tu ?

Le baobab blessé, déchiré, pris d'effroi aussitôt se referma sur ses trésors et la hyène, insatisfaite et rageuse, s'en retourna bredouille vers la forêt.

Depuis ce jour, elle cherche désespérément d'illusoires jouissances dans les bêtes mortes qu'elle rencontre, sans jamais entendre la brise simple qui apaise l'esprit. Quant au baobab, il n'ouvre plus son coeur à personne. Il a peur. Il faut le comprendre : le mal qui lui fut fait est invisible mais inguérissable.

En vérité, le coeur des hommes est semblable à celui de cet arbre prodigieux : empli de richesses et de bienfaits. Pourquoi s'ouvre-t-il si petitement quand il s'ouvre ? De quelle hyène se souvient-il ?

J'ai trouvé ce beau conte dans le livre "Contes d'Afrique" d'Henri Gougaud, magnifiquement illustré par Marc Daniau

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J'ajouterai que même s'il ne s'ouvre plus pour libérer ses trésors comme ceux qu'y a trouvés le lièvre, le baobab reste infiniment généreux : ses fruits sont comestibles. Très riches en vitamines B1 et C3, ils contiennent deux fois plus de calcium que le lait. Leur pulpe, mélée à de l'eau, donne une boisson rafraichissante. Ses graines sont utilisées pour fabriquer du savon et de l'engrais, mais on peut aussi les consommer grillées, elles sont très nourrissantes. On en extrait une huile alimentaire. On peut aussi s'en servir pour remplacer le café....ou comme bonbons en raison de la saveur acidulée de la pulpe. Cette dernière, de plus, est très utile comme médicament dans de nombreuses affections telles que le paludisme, la diarrhée, la fièvre.

Les jeunes pousses et les racines des jeunes plants sont consommées comme des asperges. La feuille se consomme en bouillie. Elle est riche protéines et minéraux. L'écorce sert à fabriquer des cordes et cordages et la sève permet de fabriquer du papier. Et même les animaux ne sont pas oubliés : La feuille sert de fourrage pour le bétail durant la saison sèche, et le tourteau résultant de l'extraction d'huile peut être utilisé en alimentation animale !

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J'ai trouvé cette photo sur http://www.abaobab.com