Ce soir, je voulais vous parler un peu longuement du festival du Petit Bois auquel j'ai participé fin mai et vous montrer plus de photos mais mon ordinateur a brusquement disjoncté, alors je ne tente pas le diable et ce soir je me contenterai, avant de l'éteindre de nouveau, de vous partager un très beau conte d'Henri Gougaud que vous trouverez avec d'autres sur son site (www.henrigougaud.com), et une photo de ce qui se trouve en face de la Bibliothèque de Cadenet et que nous pouvons admirer à chaque fois que nous sortons de l'atelier contes. Je suis très contente car j'ai eu beaucoup de mal à la prendre et je pensais qu'elle n'avait pas vraiment réussi !

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La soupe de pâtes

Rabbi Eleazar dit un jour à son père, rabbi Elimélek, qui se mourait tout doux :

- N’as-tu plus goût à rien ? Que voudrais-tu ? Dis-moi. Un gâteau de blé tendre ?

Le vieil Elimélek lui répondit :

- Un jour, comme j’allais à Gdansk avec rabbi Zouzia, nous avons dégusté dans une pauvre auberge une soupe de pâtes à pleurer de bonheur. C’est elle, mon garçon, que j’aimerais goûter. Hélas, il est trop tard, je me sens trépasser.

Le jour même rabbi Elimélek mourut.

Rabbi Eleazar, après l’enterrement, s’en fut sur le pas de son père.

Le désir le poussait à découvrir ce lieu où son vieux bien-aimé avait un jour dîné. Il aperçut l’auberge au soir de la journée. Il y fut accueilli par une grosse rousse aux yeux contents de tout. Il s’assit près du feu.

La femme demanda :

- Avez-vous vraiment faim ? le n’ai presque rien, je ne peux vous offrir qu’une soupe de pâtes.

- Il ne m’en faut pas plus, répondit le rabbi.

La femme, rassurée, s’en fut à ses fourneaux.

A peine avait-il dit ses prières du soir qu’il la vit revenir, portant une soupière. Il se servit, goûta. Seigneur, quelle merveille ! Il vida l’écuelle.

Il en redemanda.

- Qu’as-tu bien pu fourrer dans cette soupe-là pour lui donner ce goût aussi divin que simple ? demanda-t-il enfin, les babines mouillées.

- Ma parole, monsieur, je n’ai rien mis du tout !

Et comme Eleazar s’étonnait grandement, elle lui fit ce récit :

- Un jour me sont venus deux serviteurs de Dieu. j’étais comme aujourd’hui, plus pauvre que l’hiver. Alors je leur ai fait une soupe de pâtes en priant notre Dieu de lui donner du goût. Je Lui ai dit :

« Seigneur, je n’ai rien, Tu peux tout. Vois ces deux-là, si fatigués. Dans Ton jardin parfait choisis quelques épices et fais que ce dîner ravigote leur corps ». Ils en ont avalé quatre ou cinq écuelles, puis l’un deux m’a dit : « Ta soupe est parfumée d’herbes du paradis ! » C’était sans doute vrai. Aujourd’hui, par hasard, je m’en suis souvenue et j’ai prié pour vous.

Elle rit d’un air d’excuse et s’en fut trottinant à ses menus travaux.

© Henri Gougaud

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