Vous connaissez sans doute le poème de Robert Desnos (chanté par Juliette Gréco me semble-t-il, corrigez moi si je me trompe)

La fourmi

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n'existe pas ça n'existe pas

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n'existe pas ça n'existe pas

Une fourmi  parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n'existe pas ça n'existe pas

Et pourquoi pas ?

Robert Desnos
(Chantefables et Chantefleurs)

J’aime bien ce poème, mais si je vous le rappelle aujourd’hui, c’est qu’il a permis à deux autres  créateurs de prouver que l’art, la fantaisie, l’inventivité et la sensibilité n’ont de frontières ni spatiales ni temporelles.

Explication en forme de conte
Il était une fois, dans Cobble Hill à Brooklyn, une usine construite au 19e siècle et spécialisée dans la confection de ceintures et de bijoux. Dans les années 70, elle lance un accessoire de mode apparemment complètement loufoque (mais n’est-ce –pas un genre de pléonasme ?) et qui pourtant remporte immédiatement un succès faramineux : baptisé The Invisible Dog (le chien invisible), c’est une simple laisse semi-rigide qui permet de promener un « chien invisible » (vous le remarquez, je ne dis pas «inexistant ». Depuis le célèbre chat du Cheshire, que je cite parce que le film de Tim Burton le remet à l’honneur mais les exemples sont nombreux, on sait bien que ce n’est pas parce que quelque chose est invisible que cela n’existe pas !). Et puis, telle une méchante sorcière, la crise passe par là, les dernières laisses sont ignominieusement bradées et l’usine s’endort. Une fée française (déjà) du nom de Muriel Guépin parvient à la réveiller un peu en y installant une petite galerie d’art. Mais c’est en 2008 que le conte gris va redevenir vraiment rose, grâce à un magicien marseillais nommé Lucien Zayan. Il entend parler de cette usine désaffectée, son œil exercé (il a notamment travaillé pour le festival d’Aix en Provence et le Théâtre de l’Odéon) voit tout de suite le potentiel du lieu. Il contacte le propriétaire, et bientôt l’affaire est faite, Secondé par la fée, le magicien va pouvoir réveiller la pauvre usine endormie et la métamorphoser en un centre d’art plein de vie. Et, tout comme la petite fille du conte reçoit l’aide des fourmis et des oiseaux pour réussir ses épreuves, tous deux sont aidés dans leur tâche par des escouades de bénévoles qui se présentent spontanément. Le centre, aujourd’hui achevé et dûment inauguré, comporte sur son toit un jardin ouvert au public, et prévoit de présenter régulièrement, à chaque étage, des manifestations dans toutes les disciplines artistiques, dont la sculpture. Et c’est là que, par la grâce d’un plasticien du 21e siècle,  la Fourmi imaginée en 1942 par Desnos prend corps - littéralement : Xavier Roux a bel et bien conçu et fabriqué une fourmi de 18 mètres en métal et polyuréthane, dont les anneaux sont constitués par de gigantesques ballons blancs en nylon. Intitulée « The Ant » (La fourmi), cette oeuvre symbolise également les trains dans lesquels les nazis ont entassé leurs victimes pour les emmener dans les camps.
(pour la voir, et lire, si vous comprenez l’anglais, les articles consacrés à ce centre d’art, c’est ici http://theinvisibledog.org/the-ant-project)

Bonne journée. Je vous laisse avec cette jolie pensée de Montaigne
" Si la vie n’est qu’un passage, dans ce passage au moins semons des fleurs. "

achalrose1